Nº 50                                    
 7 de febrero, 2010

Tu iras devant le Seigneur pour préparer le Chemin… (Luc 1, 77)

 

Et c’est ainsi que finalement la communauté de Sharabia s’est préparée pour commencer son chemin au milieu des pauvres dont la grande majorité sont des musulmans ; les rares chrétiens qu’il y a sont coptes orthodoxes et catholiques…
Nous avons débuté notre expérience le 6 décembre 2009 : Ana Maria Garbayo, espagnole ; Bernadette Loucel, française ;   Sandra Jaramillo et Sandra Botina colombiennes.

Avec la joie d’arriver à l’appartement, nous savions déjà où nous allions, car la mission que nous réalisions auparavant au dispensaire nous avait ouvert les portes pour que les gens nous connaissent et sachent qui nous étions. Nous arrivions très enthousiastes et désireuses de commencer notre expérience, mais nous nous sommes trouvées devant un petit problème: L’EAU... nous sommes installées à un 8e étage et l’eau n’arrivait pas jusque là, il fallait obtenir un moteur qui pomperait l’eau jusqu’en haut et nous nous demandions : que faire?

L’administrateur de l’édifice nous dit de ne pas nous faire de souci parce que le moteur était déjà prêt, il ne restait plus qu’à trouver le plombier et cela serait fait le lendemain - “Bokra", mais comme ce “demain” pouvait être entre 15 jours ou un mois, nous, comme de braves étrangères, nous avons demandé au plombier du dispensaire de venir voir le moteur, un moteur de l’époque des Pharaons! Le plombier mit 24 heures pour le monter et 24 heures de plus pour l’installer ; cela fut pour nous tout un problème et une préoccupation, mais pour les gens, non.

Ils nous disaient: sûr que dans la nuit il fonctionnera, mais la nuit commençait à minuit ou plus et il ne s’écoulait qu’un tout petit filet qui ne suffisait même pas pour nous laver les dents; en fin de compte, l’eau a réussi à monter et nous étions heureuses de l’avoir. Mais ensuite… Quand? Que s’est-il passé? Il n’y a plus d’eau? Pourquoi? Nous ne savions pas! A notre surprise le gardien, qui s’appelle Mabruk, arrêtait le moteur pour qu’il ne grille pas. C’est ainsi que nous avons dépendu de lui pendant quelques temps, nous nous relayions pour descendre lui dire que nous voulions de l’eau et nous avons toutes appris à dire: "ana aaisa maaya" (je veux de l’eau); et aujourd’hui nous ne savons pas si nous nous sommes habituées à dépendre de lui ou si les choses se sont améliorées … Maintenant, nous avons l’eau toute la journée et toute la nuit, mais… jusqu’à quand?

Il y a une petite mosquée en face de notre maison et, comme nous le savons tous, on nous appelle à la prière 5 fois par jour, depuis 4 h30 du matin jusqu’à 8 h du soir à peu près. Ceux qui appellent sont dehors et ils parlent si fort que tout retentit chez nous ; au début, le vacarme nous troublait mais nous sommes déjà si habituées que nous ne les entendons même plus, surtout celui de 4h 30. Notre subconscient s’est-il donc adapté?

Pour toutes, c’est un apprentissage que de vivre ici… Quatre étrangères avec un arabe archaïque, mais par signes nous nous comprenons et les gens nous accueillent avec beaucoup de gentillesse et beaucoup de patience… Les employés du dispensaire sont déjà venus nous rendre visite, ils nous ont porté des cadeaux pour orner l’appartement et les gens qui vivent autour du dispensaire nous offrent aussi de la nourriture.

Ils nous donnent de ce qu’ils ont pour nous faire sentir qu’ils sont heureux de notre présence ici et de notre désir de partager leur vie …

Ana María. Sortir dans le quartier l’enchante, voir les boutiques et aller au marché. Elle se fait comprendre pour acheter les choses : tomates, poisson, pommes de terre, etc.… Peu à peu elle a commencé à apprendre ce qui l’intéresse pour s’approcher des gens et ça a été très bon pour eux parce qu’ils l’aident et ils l’accueillent très bien. Ce n’est pas facile de dire en arabe : “uta, samak, batatas…” (tomates, poisson, pommes de terre) Vraiment, je l’admire d’être si intrépide et de se lancer, cela nous questionne, nous, les jeunes.

 

Bernadette. Elle va au collège des Jésuites une fois par jour, le soir, pour donner des cours particuliers de français. Elle a plus ou moins une heure de trajet, on peut dire que c’est son exercice pour la semaine. Elle va aussi au dispensaire et donne des cours de français à un médecin, elle aime beaucoup sortir dans la rue et parler avec les gens bien qu’elle ne comprenne pas tout ce qu’on lui dit. Elle dit que la manière dont les gens la reconnaissent maintenant la fait se sentir très bien…

 

Sandra Botina. Pour le moment, elle est à MINIA, ville d’Egypte située à quelque 3 ou 4 heures du Caire, elle est là avec les Soeurs de Saint Joseph de Lyon qui l’ont très bien accueillie et qui l’aident, de plus, à apprendre l’arabe parce qu’elles-mêmes ne parlent pas d’autre langue, sauf la supérieure qui sait le français; mais Sandra est heureuse de partager leur vie et de pratiquer l’arabe. Nous espérons que durant ces trois mois que durera l’expérience elle apprendra au moins à se défendre dans cette langue si difficile…

 

Sandra Jaramillo. Elle travaille tout le jour au dispensaire, heureuse de voir que celui-ci progresse et que les gens y viennent davantage ; de plus, le fait de vivre près du travail l’aide à être davantage avec la communauté puisque l’appartement est à 5 minutes du dispensaire…

 

Vivre au milieu d’une population musulmane pauvre, n’a rien de facile, les gens savent que nous sommes chrétiennes et religieuses, mais nous devons être très prudentes dans toutes nos paroles et tous nos actes …
Grâce à Dieu, nous avons des amis musulmans et chrétiens qui nous ont aidé à commencer ce chemin d’intégration dans le quartier. Sans leur appui inconditionnel, ça aurait été très difficile pour nous.

Merci aussi à la Compagnie de Notre-Dame qui a cru et croit en nous, qui a osé lancer les filets dans l’inconnu …

Nous savons que la seule chose que nous puissions faire ici, c’est d’être Présence de l’Amour de Dieu au milieu d’eux, mais nous sommes édifiées par leur accueil et leur simplicité, comme sont tous les pauvres à travers le monde.

...Et nous continuons à préparer le chemin du Seigneur comme Jean Baptiste au milieu du désert…

 

Sandra Maria Jaramillo R. odn
Le Caire, 07 février 2010