Le génome
et la biotechnologie:
aspects éthiques d’une révolution en marche
1.- Avancées scientifiques
du troisième millénaire
1.1.- Séquençage du
Génome
Humain
Les scientifiques, durant des siècles, ont exploré et élaboré les
cartes des terres et des océans dans l’idée
d’augmenter notre connaissance sur l’environnement
dans lequel nous vivons. Un des objectifs de cette recherche était
d’améliorer la qualité de la vie humaine
par la découverte de nouvelles ressources naturelles.
Si le XIXème siècle fut caractérisé par
les explorations géographiques et la naissance des grandes
cartographies, le XXIème siècle se caractérise
par le développement de la cartographie humaine, un
retour vers l’être individuel et un regard sur
notre constitution biologique.
Un des projets les plus importants et des plus reconnus dans
ce domaine est le Projet du Génome Humain (PGH). Ce
projet de recherche, dirigé par des scientifiques de
renommée internationale et avec la participation de
plus de 10 pays différents a eu comme objectif la
découverte et le séquençage de la totalité de
l’ADN (matériel génétique) d’un
individu. L’idée dernière de cette carte
génétique est d’élaborer une liste
de nos gènes (unité héréditaire
individuelle responsable de notre développement depuis
la conception) pour comprendre notre constitution biologique
en vue d’améliorer notre qualité de vie.
Mais avant d’entrer dans plus de détails sur
ce Projet du Génome Humain et ses applications, il est
important de définir certains concepts de base de ce
secteur de connaissance, qui nous aideront à mieux
comprendre les différents concepts dont il sera question
durant cette présentation :
-
ADN: C’est la molécule qui contient et transmet
l’information génétique des organismes
vivants (y compris pour les mammifères, les plantes,
etc.)
-
Chromosomes: Ce sont les composantes
des cellules, de structures filamenteuses, porteuses des
facteurs d’hérédité ou
gènes. Ils sont en nombre constant, de 22 paires pour
l’espèce humaine, plus deux chromosomes sexuels
pour un total, donc, de 46 chromosomes.
-
Gènes: Unité du matériel génétique
héréditaire qui correspond à un segment
déterminé de l’ADN; chez les primates et
les humains, les gènes se trouvent dans les chromosomes.
-
Génome: C’est l’ensemble des chromosomes
et de l’ADN d’une cellule.
Si nous faisons l’analogie de l’information génétique
avec une bibliothèque, nous pouvons dire que l’ADN
est condensé en 23 chromosomes, qui seraient comme 23
tomes d’une encyclopédie. Chaque tome contient
différents chapitres, qui sont les gènes, et
chaque chapitre est écrit avec des lettres de l’alphabet,
qui sont présentées dans l’ADN par les
quatre lettres (ACGT) du code génétique.
Chaque cellule de notre organisme (peau, muscle, cheveu, etc.)
contient un total de 3.000 millions de lettres d’ADN
et 30.000 gènes qui sont stockés dans les 23
chromosomes qui forment le génome ou le code génétique.
Déchiffrer ou séquencer ce code et comprendre
la signification et la fonction de chacun des chapitres (gènes)
de cette encyclopédie (le génome) a représenté l’un
des plus grands défis pour la science et la médecine
en ce troisième millénaire.
Cette saga de l’étude du matériel génétique
humain a commencé en 1953, avec la découverte
de la fameuse structure en double hélice de l’ADN.
Le 25 Avril 2003, cinquante ans après, fut annoncée
aux Etats-Unis le terme du séquençage du génome
humain, marquant ainsi la fin du Projet du Génome Humain.
Ce premier projet de cartographie du génome humain dura
presque 10 ans et marqua un moment historique dans le développement
de la médecine moderne. A ce grand effort de séquençage
du premier génome d’un être humain se sont
ajoutés des centaines d’autres projets qui ont
réussi à cartographier les génomes de
multiples organismes (bactéries, virus, animaux domestiques
comme le chien, la vache, le porc etc.). La science du génome
s’est alors convertie en une science globale qui concerne
non seulement les humains mais aussi toutes les espèces
vivantes.
Le Projet du Génome Humain et les projets dérivés
du séquençage de génomes d’autres
organismes nous ont déjà donné des informations
importantes comme: la grande ressemblance qui existe entre
le génome humain et le génome d’autres
organismes, l’importance que peuvent avoir certaines
variantes génétiques dans la façon dont
nous réagissons à certains médicaments
et le rôle que jouent certains changements génétiques
dans le développement de maladies.
Toutes ces avancées ont ouvert des centaines de nouveaux
champs d’investigation mais ont aussi suscité de
sérieuses questions d’éthique. Les trois
problèmes et questions d’éthique les plus
importants que ces études sur le génome humain
ont soulevés sont les suivants:
-
Déterminer les limites de possibles interventions sur
le génome d’un individu et en particulier décider
si ces éventuelles interventions concernant la génétique
des commencements de la vie peuvent être licites en certaines
circonstances ou si, au contraire, elles doivent être
interdites dans tous les cas.
-
Eviter que l’information génétique des
personnes ne parvienne aux mains d’individus ou d’institutions
que cela ne regarde pas et ne soit utilisée contre les
personnes elles-mêmes.
-
Arriver à ce que la biotechnologie contribue à l’égalité sociale
et non à l’inégalité entre les
personnes et les nations.
La génétique et l’étude du génome
se sont transformées en sciences universelles et requièrent
donc une approche globale qui respecte les droits de l’homme
et les priorités bioéthiques. Comme le proclame
la Déclaration Universelle sur la Bioéthique
et les Droits de l’Homme de l’UNESCO publiée
en Octobre 2005: “Reconnaissant les problèmes éthiques
que posent la médecine, les sciences de la vie et les
technologies qui leur sont associées et qui peuvent
avoir un impact sur les individus, la présente Déclaration
contribue au respect de la dignité humaine et protège
les droits de l’homme et les libertés fondamentales”.
L’objectif de cet exposé sera donc de parler
de certaines de ces questions en vue d’explorer les débats éthiques
auxquels nous sommes affrontés aujourd’hui, vu
les grandes avancées de la science durant cette dernière
décennie. Il est d’une importance capitale de
connaître et de comprendre la nature de ces questionnements
et de ces débats éthiques pour la population
en général et pour vous en particulier, en tant
qu’éducateurs et guides de notre jeunesse.
1.2.- Le clonage et la thérapie génique
Le Projet du Génome Humain a peut-être été la
plus grande réussite scientifique du XXIème siècle.
Cependant, d’autres événements ont aussi
marqué l’histoire de la science moderne et ont
eu une grande répercussion sur la médecine et
les autres sciences:
-
En 1997, la photographie de l’animal le plus connu de
la planète, la brebis “Dolly” fit le tour
du monde et mobilisa l’attention de tous les médias. Dolly
fut le premier mammifère cloné à partir
d’une cellule adulte. Cette avancée biologique
singulière nous ouvre des perspectives d’un nouveau
monde biomédical, dont les conséquences sont
innombrables. Dolly est devenue le symbole international du
clonage. A partir de Dolly, des porcs, des brebis, des vaches,
des chats, des rats et, très récemment, une mule,
ont été clonés avec succès.
-
En 2000, la photo du singe Andi attira
aussi l’attention
de plusieurs médias. Il s’agissait du premier
primate auquel on avait incorporé un gène d’une
autre espèce. Ce succès laisse à penser
que dans quelques années, très prochainement,
on pourra utiliser cette technique sur des êtres humains
pour soigner des maladies qui présentent des gènes
défectueux qui pourraient être remplacés
par la version correcte du gène en question.
Tout d’un coup, grâce à ces avancées
de la connaissance, dans le domaine de la fécondation
artificielle, de la biologie moléculaire et de la génétique,
les concepts et les pratiques qui semblaient appartenir à la
science-fiction il y a seulement une génération
ou deux sont devenus réalité.
La brebis Dolly et le singe Andi représentent les visages
innocents de deux grands secteurs d’investigation qui
se développent en ce troisième millénaire
et qui seront les parties essentielles de la médecine
de l’avenir: la thérapie régénérative
et la thérapie génique.
Si nous faisons la comparaison avec une voiture, la thérapie
régénérative nous fournira les pièces
de rechange dont nous avons besoin lorsqu’une partie
de notre organisme se détériore, comme dans le
cas des nouvelles recherches sur la maladie de Huntington
publiées dans la revue Nature en 2000, au cours desquelles
il a été démontré que l’on
peut régénérer certaines fonctions qui
ont été perdues à cause de la maladie.
D’autre part, la thérapie génique
permettra de créer de nouveaux modèles ou d’introduire
de nouveaux gènes, pour remplacer les gènes défectueux
que l’on trouve dans l’information génétique
qui nous vient dès notre conception.
La possibilité du clonage humain a stimulé l’imagination
populaire depuis les temps anciens. Ainsi par exemple, la nouvelle à suspens “Los
niños del Brasil” adaptée au cinéma
en 1978, décrivait un criminel de guerre nazi qui organisait
une colonie de jeunes “clones” d’Hitler.
Pour beaucoup, le clonage contient l’idée d’immortalité ou
d’eugénisme. Des fraudes ainsi que de fausses
affirmations publiées par les médias se sont
introduites dans le débat sur le clonage, la plupart
du temps en se basant plus sur la science-fiction que sur des
expériences scientifiques réelles. Dolly pour
sa part relança tous ces commentaires, ainsi que la
préoccupation et les questions éthiques concernant
le clonage humain.
De tous ces progrès scientifiques si rapides surgit
la réflexion, et souvent la préoccupation, de
leur utilisation adaptée. Des scientifiques, des hommes
de loi, des chefs religieux, des philosophes et des organisations
internationales participent à ce débat, mais
pas toujours de façon harmonieuse. Néanmoins,
en accord avec la Déclaration de l’UNESCO sur
l’utilisation des cellules-souches et du clonage, on
est arrivé à un accord général
sur le fait que le clonage, tel que nous le connaissons aujourd’hui,
est totalement inacceptable.
Il est important que vous, éducateurs et personnes
qui êtes en contact continuel avec les jeunes, vous les
aidiez à faire la différence entre la fiction
et la réalité concernant ce sujet du clonage
et de la thérapie génique. Les médias,
les livres comme “Le Meilleur des mondes” de
Aldeus Huxley et les films comme “Matrix”, “GATTACA”, “Jurassic
Park” et “El sexto dia” ont mis en scène
ces techniques expérimentales comme étant quelque
chose de banal, d’usage commun, mais dangereux. Cependant,
les scientifiques sont encore loin de comprendre et de contrôler
ces techniques expérimentales dans leur totalité,
les exemples réussis de clonage d’animaux sont
encore limités et leurs applications à la pratique
médicale, pour soigner ou éviter des maladies,
restent encore au plan théorique et spéculatif.
1.3.- Recherche sur les cellules-souches
Les cellules-souches embryonnaires d’êtres humains,
isolées pour la première fois en 1998, se présentent
essentiellement comme des cellules “en blanc”,
avec la capacité de pouvoir se transformer pratiquement
en tout type de tissu organique. Grâce à cette
capacité, les cellules-souches peuvent aider à régénérer
tout type d’organisme et de tissu (cerveau, cœur,
nerfs, etc.) et elles représentent donc une grande promesse
pour soigner et traiter des maladies dégénératives
sévères comme celles d’Alzheimer, de Parkinson,
la sclérose en plaques et le diabète.
La recherche sur les cellules-souches représente un
secteur de la médecine extraordinairement prometteur.
Ces cellules-souches peuvent être obtenues de différentes
manières, comme par exemple: les cellules du cordon
ombilical, certaines cellules de la peau et certaines de la
moelle osseuse. Néanmoins, une des sources les plus
importantes des cellules-souches sont les embryons humains
créés en laboratoire par fécondation in
vitro. Les embryons qui “surnuméraires” suite
au processus de fertilisation in vitro peuvent être conservés
intacts durant des années dans du liquide d’azote
et, en certains pays, ces embryons peuvent être utilisés
pour la recherche médicale. Dans les laboratoires d’aujourd’hui,
il existe ainsi des milliers de ces embryons congelés
(quelque 400.000 rien qu’aux Etats-Unis, selon une étude
effectuée en 2003). La politique du gouvernement de
G. W. Bush avait édicté une loi selon laquelle
les chercheurs qui travaillaient dans les laboratoires du gouvernement pouvaient
seulement utiliser pour leurs recherches sur les cellules-souches
les embryons conçus avant 2001. Récemment, les
chercheurs ont indiqué que cette norme limite leur champ
d’investigation, étant donné qu’ils
ne peuvent tester de nouvelles méthodes pour cultiver
ces cellules-souches. Dans l’optique d’évaluer
de nouvelles sources pour la culture et l’obtention de
cellules-souches, le gouvernement de Barack Obama a levé il
y a quelques mois cette interdiction de Bush, ce qui ouvrira
de nouvelles voies de recherche pour ce secteur de connaissance.
D’autre part, en décembre 2000, le Parlement britannique
a approuvé la création d’embryons humains
dans le but d’obtenir des cellules-souches. C’est
ainsi que les règles et les politiques qui régissent
ce type de recherche varient radicalement d’un pays à l’autre.
Il est évident que la recherche sur les cellules-souches
a suscité beaucoup de polémiques durant ces dernières
années, conduisant nos dirigeants, aussi bien politiques
que religieux, à se prononcer sur ces nouvelles avancées
scientifiques. Le plus grand problème bioéthique
que présentent ces techniques pour obtenir et différencier
des cellules-souches c’est celui de recourir à l’embryon
humain comme source de celles-ci. La gravité d’employer
des embryons dans ce but s’accentue encore lorsque ces
embryons sont créés uniquement dans l’intention
de produire des cellules-souches.
Etant donné que, pour le moment, il est impossible
de répondre de manière scientifique et objective
aux nombreuses questions de bioéthique posées
par ce type de recherche novatrice, il n’est pas surprenant
de voir que les personnes et les communautés cherchent
des explications basées sur leurs principes moraux ou
leurs croyances religieuses. C’est ainsi qu’en
2008 un groupe d’experts s’est réuni à Londres
pour discuter sur les aspects éthiques de la recherche
sur les cellules-souches provenant d’embryons humains.
La majorité des personnes qui participèrent à cette
conférence de bioéthique à Londres étaient
des dirigeants religieux.
Il est important de signaler, concernant ce qui fut présenté à cette
conférence de Londres, que les religions ne confèrent
pas toutes à l’embryon les mêmes droits
qu’à une personne. Pour la religion juive, l’embryon
est considéré comme porteur de vie et doit donc être
traité avec le plus grand soin. Pour les musulmans,
un embryon reçoit son âme entre le 40ème
et le 120ème jour après sa conception. Dans la
perspective chrétienne, il y a plusieurs positions:
la position gradualiste (Eglise d’Angleterre),
qui soutient qu’un embryon de moins de 14 jours ne peut
pas être considéré comme une personne,
et d’un autre côté, la position absolutiste
qui affirme qu’un embryon est une personne dès
sa conception. L’Eglise catholique pour sa part maintient
une position similaire, indiquant que l’embryon est moralement
inviolable. Cependant, l’Eglise catholique ne s’est
pas prononcée spécifiquement sur le moment où l’embryon
reçoit son âme et devient une personne.
Ces différents arguments, relatifs au statut moral
des embryons, liés à différentes doctrines
religieuses et à des valeurs socioculturelles, ont influencé l’élaboration
de diverses réglementations concernant la protection
de l’embryon et les recherches sur les cellules-souches.
En certains pays, comme l’Allemagne et le Costa Rica,
il est interdit de détruire les embryons pour des raisons
de recherches, tandis que dans d’autres pays, comme la
Belgique et le Royaume-Uni, la recherche est non seulement
permise sur les embryons surnuméraires mais la création
d’embryons en vue de la recherche est également
autorisée.
Dans toutes les sociétés, l’on a élaboré des
concepts sur la vie, sur les valeurs et les règles relatives à la
reproduction, concepts qui sont profondément enracinés
dans la culture, la tradition et les doctrines religieuses.
Les avancées rapides de la génétique et
de la biotechnologie, cependant, dépassent facilement
les frontières nationales et mettent parfois entre parenthèses
de telles valeurs.
Ces types de débats tendent à devenir toujours
plus complexes à mesure qu’avance la science,
celle-ci provoquant de nouvelles questions qui apparaissent
sans cesse à l’horizon. Un exemple pour illustrer
ce point: les jeunes couples qui se voient confrontés
aujourd’hui à des situations où on leur
propose de garder congelés les cellules-souches du cordon
ombilical de leur bébé, à des prix souvent
prohibitifs. Ces jeunes couples se voient ainsi confrontés à de
sérieux dilemmes : est-il important d’investir
de telles sommes dans ces promesses médicales ?
Ces cellules-souches pourront-elles vraiment aider à soigner
les maladies de leurs futurs nouveaux-nés ? Les
parents doivent-ils « investir » dans
ce type de technologies au lieu d’assurer, par exemple,
une bonne éducation à leurs enfants ?
Il est donc important pour vous, comme éducatrices et éducateurs,
de pouvoir guider les jeunes dans ce type de décisions
vitales, de les aider à comprendre que ces recherches,
même si elles avancent, n’ont pas encore donné de
résultats concrets. On ne connaît pas encore de
cas où l’on ait réussi à soigner
une maladie grâce à l’emploi de cellules-souches.
Les techniques et les avancées dont nous parlons ici
sont extrêmement prometteuses, mais elles doivent être
accueillies avec respect et prudence.
1.4.- Vers une médecine personnalisée
Les applications de la génétique à la
médecine sont multiples et dès maintenant elles
sont en train de changer de façon dramatique la façon
dont est pratiquée la médecine et la manière
dont fonctionnent les systèmes et les services de santé.
L’utilisation et les applications de la génétique
peuvent être considérées à des niveaux
très différents:
-
Tests génétiques pour repérer le risque
de certaines maladies comme le diabète, la maladie
d’Alzheimer, le cancer, etc. Ces tests sont déjà disponibles
et accessibles aux patients de tous les pays développés
et d’un nombre croissant de pays en développement.
Grâce à ces tests génétiques, il
sera possible de détecter certaines maladies dans leurs étapes
initiales (ex. le diabète) et l’on pourra ainsi
donner des remèdes préventifs ou appliquer des
traitements précoces.
-
La pharmacogénétique: c’est la science qui étudie
comment les différences génétiques entre
individus influent sur la façon dont nous réagissons à certains
médicaments. Il existe maintenant des tests génétiques
qui aident à identifier les personnes qui réagissent à certains
médicaments (ex. les remèdes contre le cancer).
Grâce à ces marqueurs génétiques,
il est possible de savoir quels patients peuvent bénéficier
de certains traitements et quels sont ceux qui pourraient présenter
des effets secondaires en recevant certains remèdes.
C’est ainsi que, pour la médecine, et par conséquent
pour nos vies, les avancées de la génétique,
de l’étude du génome et de la biotechnologie
ont permis de passer du paradigme du traitement
des maladies à leur prévention, en offrant la
possibilité du diagnostic prénatal, du diagnostic
préimplantatoire (avant d’implanter un embryon
produit par fertilisation in vitro) et du diagnostic précoce
de maladies complexes. Les tests génétiques ont
permis de commencer le traitement de maladies très difficiles
comme le cancer et le diabète avant que n’apparaissent
les symptômes sévères de ces maladies.
Durant les années 90 nous étions loin d’imaginer
certaines de ces découvertes qui sont aujourd’hui
une réalité dans le domaine de la génétique
et de la médecine personnalisée. Les questions éthiques
en lien avec la recherche en génétique se focalisaient
surtout à cette époque sur les aspects d’autonomie,
de caractère privé, de justice, d’égalité et
de qualité.
Même si ces questions continuent d’être valables
encore maintenant, il est important de noter que les avancées
en génétiques des populations, la compréhension
de la complexité des facteurs génétiques
associés aux maladies et l’impact socio-économique
de la recherche en génétique ont posé de
nouvelles questions et créé de nouveaux courants
dans le domaine de la bioéthique.
Certains points principaux de la bioéthique de la médecine
personnalisée sont:
-
Confidentialité et égalité dans l’utilisation
et l’interprétation de l’information génétique
-
Education des professionnels de la santé (médecins,
infirmières, etc.), des organismes concernés,
des gouvernements comme du public en général
et des jeunes universitaires et scolaires
-
Egalité de tous face au traitement et à l’utilisation
des avancées de la génétique
-
Propriété intellectuelle et commercialisation
des résultats de la recherche en génétique
Certains de ces débats ont conduit des gouvernements à prendre
des décisions sérieuses comme dans le cas de
la nouvelle loi promulguée en 2008 aux Etats-Unis: “La
loi de non-discrimination pour information génétique” ou
GINA, destinée à interdire l’utilisation
de façon inadéquate de l’information génétique
de la part des assurances médicales et des employeurs.
La loi interdit aux mutuelles et aux assurances de refuser
la couverture sociale sur la base de prédispositions
génétiques qui pourraient développer une
maladie dans l’avenir.
En lien avec cette question de l’utilisation de l’information
génétique des individus, l’Organisation
Mondiale de la Santé, dans un communiqué de 2003
intitulé Données de bases génétiques:
Mesurant les bienfaits et l’impact sur les droits de
l’homme et des patients, déclare: “Il
existe une tension fondamentale entre, d’un côté,
la possibilité d’un bénéfice pour
la société et de l’autre le mal possible
que l’on pourrait faire à l’individu. Les
points les plus importants qui doivent faire pencher la balance
sont ceux qui concernent les droits de l’homme et sa
dignité...”
Enfin, toutes ces avancées scientifiques en lien avec
le génome humain, le clonage, les cellules-souches et
la médecine personnalisée se sont concentrées
principalement dans les pays industrialisés tandis que
leurs possibilités pour combattre les maladies qui touchent
tout particulièrement les pays en développement,
comme la malaria et la tuberculose, ont été peu
exploitées. Il est donc important d’éduquer
les jeunes des pays en développement, de leur montrer
le grand potentiel de ces nouvelles technologies pour ainsi
les stimuler à promouvoir l’essor de ce type de
recherche scientifique pour le bénéfice des pays
les plus pauvres.
2.- L’Universalité du Génome
2.1.- Le projet HapMap
Le projet international HapMap a débuté en 2003
et la première étape s’est achevée
en 2006. Plus de 15 pays y ont participé, avec
pour objectif d’étudier la diversité (et
la similitude) génétique de 270 individus venant
de 4 régions différentes: Nigeria, Chine, Japon
et Etats-Unis. Le résultat le plus important de cette étude
a été la création d’une carte génétique
qui a été mise à la disposition (libre
accès gratuit) de toute la communauté scientifique
internationale. Ce projet donne les bases de ce qui deviendra
une pratique commune à partir de 2005-2006: les bases
de données et les publications en libre accès.
Cette transformation offre à la communauté scientifique
les outils nécessaires pour rendre la science ouverte
et disponible à tous. Ces nouveaux réseaux d’information
ont permis de créer un nouveau style de solidarité sociale
qui se manifeste sous de nouvelles formes de collaboration
et d’échange entre des groupes de scientifiques
du monde entier.
Les leçons tirées de ce projet ont non seulement
traversé les frontières mais également
les secteurs économiques et sociaux. Par exemple, les
compagnies pharmaceutiques et de biotechnologie ont utilisé le
même modèle de science ouverte et de collaborations
scientifiques pour créer de nouveaux projets qui encouragent
la création de projets de santé, de recherche
et de développement global et pas uniquement focalisés
sur certaines régions ou certaines communautés
spécifiques.
Le message le plus important que nous pouvons transmettre
sur ce projet, c’est que c’est seulement en unissant
justice et solidarité (données ici en exemple
par l’esprit de collaboration dans nos différents
domaines biologiques et sociaux) que nous pourrons respecter
leur dignité et offrir le bien-être aux personnes,
aussi bien en tant qu’individus qu’en tant que
citoyens du monde.
Une façon de partager les bienfaits de ce type d’études
sur la génétique, c’est de reconnaître
la contribution des communautés qui participent aux
projets internationaux (comme le projet HapMap par exemple),
encourager le transfert de technologies vers les pays en développement
et faciliter la création de bases de données
internationales dont l’information génétique
serait accessible gratuitement. L’UNESCO
et l’OMS en particulier sont en train d’établir
des règles et des lignes de conduite pour éviter
l’exploitation des communautés minoritaires (communautés
d’indigènes, groupes de populations isolées,
etc.) en ce qui regarde les analyses génétiques.
L’idée est que ces communautés soient bien
informées avant de les inviter à participer à des études
de recherches et surtout qu’une fois ces études
réalisées, ces communautés puissent bénéficier
des résultats.
2.1.- L’étude du génome
au service de l’environnement
Les grandes avancées de la génomique ne trouvent
pas seulement leur application dans le secteur de la médecine
et de la santé. L’utilisation de ces progrès
a eu un impact grandissant dans le domaine de la protection
et de l’amélioration de l’environnement.
L’importance que notre société donne à la
diversité biologique s’est accrue durant cette
dernière décennie. Il y a une préoccupation
grandissante pour la disparition de certaines espèces
et pour celle de sites naturels, pour l’érosion
de la diversité à cause de l’action de
l’homme de plus en plus grande et pour la modification
des processus qui la caractérise, comme par exemple
le réchauffement climatique de la planète. En
même temps, on se trouve face au défi marqué par
la complexité des écosystèmes et par l’ignorance
des mécanismes qui soutiennent la diversité biologique.
La gestion de la forêt entre dans ces principes de base
de la conservation de la diversité biologique, de la
protection de l’environnement et du développement
durable. Ces principes obligent à considérer,
entre autre, les différents aspects touchant à l’évaluation,
au maintien ou à l’augmentation de la diversité génétique
des espèces forestières, car elles déterminent
dans une grande mesure, l’évolution future des
populations, leur adaptation au milieu et leur conservation.
Un exemple concret de la recherche en génomique forestière
est le projet Arborea qui se déroule actuellement au
Canada. Son principal objectif est d’utiliser les marqueurs
génétiques pour sélectionner les arbres
qui, dans l’avenir, grandiront en étant plus solides
et produiront un bois de meilleure qualité. Contrairement
aux aliments ou aux organismes génétiquement
modifiés, qui ont été le sujet de tant
de débats dans les médias, ce projet Arborea
n’a pas pour but de modifier, mais de sélectionner
les meilleurs arbres.
C’est ainsi que les applications de la génétique
non seulement traversent les frontières mais aussi les
secteurs économiques, les secteurs sociaux et ceux qui
concernent le développement. Ce type de projet est un
exemple de plus pour indiquer l’importance qui vous revient,
en tant qu’éducateurs et personnes en contact
direct avec les jeunes, pour les aider à comprendre
la dimension et l’impact de ce type d’avancées
scientifiques.
2.3.- Le génome et les espèces
Le Docteur Bartha Maria Knoppers de l’Université de
Montréal, reconnue au niveau international pour ses
travaux de bioéthique sur le génome humain, expose
dans un de ses articles les plus récents le concept
d’universalité du génome. Le Docteur Knoppers
dit que les débats éthiques actuels soulignent
l’universalité basée sur le génome
lui-même comme une source partagée. L’on
peut dire alors que le génome, dans un sens collectif, nous
appartient à tous. La compréhension du génome
humain au niveau des espèces a conduit à poser
le principe d’universalité du génome et à parler
d’une hérédité commune de l’humanité et
de la connaissance du génome comme un bénéfice
public et non individuel.
Une des contributions les plus importantes du Projet sur le
Génome Humain, et grâce au séquençage
de génomes de différents individus, c’est
la découverte de la grande similitude qui existe entre
les êtres humains. En effet, le séquençage
du génome humain nous révèle, une fois
de plus, l’égalité essentielle entre les
hommes: nous partageons 99,9% de nos gènes. Indépendamment
de la race, de l’origine ou de notre sexe, toutes les
séquences de l’ADN des êtres humains se
ressemblent de façon surprenante. En lien avec cette
constatation scientifique, la découverte que non seulement
il y a une grande similitude dans le génome des êtres
humains, mais que cette similitude s’étend également à d’autres
espèces; c’est ainsi que l’on a découvert
que le génome des humains est semblable à 98%
au génome des primates, à 90% au génome
des rats et à 85% au génome de certains poissons.
Avant de commencer le Projet du Génome Humain les scientifiques
pensaient que les humains auraient beaucoup plus de gènes
et un génome beaucoup plus complexe que les primates
ou les rats, ce qui expliquerait notre ‘supériorité’ dans
l’échelle de l’évolution. La réalité est
que notre génome n’est ni aussi différent
ni tant supérieur que nous le pensions. Ces résultats
nous conduisent à confirmer le concept du Docteur Knoppers
sur l’Universalité du génome humain et à réfléchir
sur les différences que nous avons-nous-mêmes établies
quant aux races, aux origines, aux couleurs, etc. des êtres
humains.
4.- Vers une éthique planétaire
Les débats bioéthiques des XXème et XXIéme
siècles se sont centrés sur deux aspects principaux
de la recherche. Premièrement, au début des années
1990, le débat éthique s’est centré sur
l’impact du Projet du Génome Humain et sur la
génétique clinique, par exemple: les tests génétiques,
la discrimination génétique et certains aspects
de la thérapie génique (traitement basé sur
les gènes). Cependant, à mesure que le temps
passait, le débat s’est ouvert et étendu
vers d’autres secteurs de la recherche, comme l’amélioration
génétique, l’utilisation des cellules-souches,
le clonage, etc.
La façon dont a été comprise la bioéthique
a également changé. D’une part, la crainte
du public, liée en bien des endroits aux aliments génétiquement
modifiés (lesquels ont été victimes, si
l’on peut dire, d’une diffusion massive et sans
contrôle de la part des médias) a provoqué une
demande de plus en plus grande de la reconnaissance des facteurs
bioéthiques impliqués dans ce type d’investigation.
D’autre part, de nouvelles applications de la génétique
comme la pharmacogénétique, la médecine
préventive, etc., ont conduit à de nouveaux questionnements
sur l’application des règles de bioéthique
existant actuellement. D’une manière toujours
plus sensible, la bioéthique s’est transformée
en un pilier central qui supporte les recherches en génétique.
L’intérêt de plus en plus grand pour les
thèmes de bioéthique associés à la
recherche en génétique a conduit, comme nous
l’avons vu tout au long de cette conférence, des
organisations internationales comme l’OMS (Organisation
Mondiale de la Santé) et l’UNESCO à définir
des règles et des politiques spécifiques concernant
les avancées dans le domaine de la génétique
et de ses applications dans la recherche et la médecine.
Ces débats sont un phénomène général
et ont lieu en divers endroits du monde avec des optiques,
des croyances et des circonstances différentes.
La bioéthique ne consiste pas en théories statiques
ou en principes qui peuvent s’appliquer en toutes circonstances
mais, au contraire, elle sert de guide pour aider à comprendre
et à assumer des situations différentes.
Face au progrès de la science et de la technologie,
la bioéthique ne peut pas présenter de résistance à l’avancée
du monde et de la société. Cela demande au contraire
une analyse soigneuse des avantages et des inconvénients
de la génétique et un regard objectif pour voir
comment mettre cette science au service de l’humanité.
Un exemple de cette position : “La Déclaration
Internationale sur les données Génétiques
Humaines” de l’UNESCO dans laquelle sont présentés
des paramètres éthiques, sociaux et légaux
pour les études génétiques, en tenant
compte de la liberté de recherche, des droits des patients
et de l’intérêt de la société en
général.
Dans ces secteurs concernant les progrès en génétique
et en biotechnologies, nous serons amenés à prendre
des décisions importantes et transcendantales durant
les années qui viennent et, pour y arriver, il est indispensable
de pouvoir compter sur le plus grand nombre possible d’interlocuteurs
bien informés. Cette participation des citoyens exige
l’engagement des éducateurs et des médias,
pour offrir une information rigoureuse, réaliste et
accessible sur les progrès de la biomédecine,
une information qui invite à la réflexion, à la
prise de position et au dialogue des personnes et des pays.
Références |